Les espaces psychiques chez Ignace Henri Fantin-Latour

Fantin-Latour à fleur de peau

Musée du Luxembourg (Paris), 14/9/16 – 12/2/17 http://museeduluxembourg.fr/expositions/fantin-latour-fleur-de-peau

 

Henri Fantin-Latour, entre Romantisme et Impressionnisme, poursuit une œuvre indépendante et personnelle, dont l’accrochage du Musée du Luxembourg fait bien sentir l’évolution et la complexité.

Premier espace, une intériorité bourgeoise, ombre et silence, patience ou folie face à la menace de l’étouffement. Répression pulsionnelle où les garçons taisent leur révolte, tandis que les filles attendent … Portraits (1859-1863) de Marie, La liseuse (1861), et de Nathalie, la rêveuse (1851), internée à Charenton dans sa vingt et unième année, ses deux petites sœurs, nées les deux années après lui (http://www.henri-fantin-latour.org/Two-Young-Women,-Embroidering-and-Reading.html). Puis Victoria, liseuse encore, et Charlotte, prête à s’échapper (1873), l’une deviendra son épouse, l’autre sa belle-sœur (1870). A quoi pensent ces jeunes femmes, si elles ne lisent ou peignent (1877, 1879, 1883) (http://www.henri-fantin-latour.org/La-Lecture.html) ? Oser ne pas être une épouse ou une mère ? Lorsqu’il n’est pas trop tard : Ruth Elisabeth Edwards (1875), Victoria Fantin-Latour (1873, 1877), Louise Riesener (1880) … ou alors filer à l’anglaise, comme le prétendait Charlotte (1878) ? A quoi pense ce jeune peintre des sombres autoportraits, dès ses 17 ans ? Renvoyé l’année suivante de l’Ecole des Beaux-Arts … Volonté de voir, de pénétrer l’épaisseur des choses, à défaut de les saisir, d’en goûter la chair (1853-1871) (http://www.henri-fantin-latour.org/Self-Portrait-[detail–2].html) ?

Second espace, intériorité bourgeoise encore, Fantin n’en sort pas – il en vit -, faisant émerger en son coeur la composition éphémère d’une beauté condamnée, le bouquet (1860-1889). Le parfum de ces fleurs est celui d’un ailleurs – Charlotte ? si belle encore, indomptée (1882), un ailleurs d’exotisme aérien et sensuel, Branche de lys (1877), Capucines doubles (1880), suspendus entre terre et ciel. Peindre des jeunes filles en fleurs ?

Troisième espace, la société des frères, artistes rassemblés dans l’hommage au meilleur d’entre eux, Delacroix (1864), Manet (1870) (http://www.henri-fantin-latour.org/A-Studio-in-the-Batignolles.html), Verlaine (1873), Emmanuel Chabrier (1885), rencontré à l’enterrement de Manet, son seul maître en peinture. Mais toujours, sans cesse, dans ces trois espaces, le silence, une solitude infinie. Seuls parlent les regards. Quelques amis néanmoins, ébauchant un échange possible, un sourire complice : Léon Maitre (1886), Adolphe Julien (1883).

Mais toutes ces photos de femmes nues, Ignace, toi qui évitais l’intimité des modèles, tu les dessinais, tu les croquais, fanatique ? Jusqu’à ce qu’elles éclosent sous ton pinceau, sortant des flots (1903) (http://www.henri-fantin-latour.org/Le-Soir.html), ces nymphes enfin réveillées (1904). Est-il donc advenu, ce jour Anniversaire où, comme Berlioz (1876), les muses s’empareront de ton corps ? Rêve de poète (1884), le théâtre lyrique, espace quatrième, le dernier, Ignace, celui que tu avais entrevu en Songe (1854), adolescent. Les filles du Rhin (1876) (http://www.henri-fantin-latour.org/Rheingold-first-scene-1888.html) volent vers toi, wagnérien, et t’enflamment (1877), tandis que Kundry, enfin, se plie à tes désirs libérés, magicien, Saint Antoine (1897), si vieux déjà. Car La nuit (1897) est là, Ignace Henri Fantin-Latour, mais la nuit, n’est-ce pas, pour l’éternité, le corps d’une femme ?

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